Les Huit Salopards : Quentin Tarantino (2016)

janvier 6, 2016 at 3:29 1 commentaire

Huit sWestern, Amérique

Réalisation : Quentin Tarantino
avec Samuel L. Jackson, Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh

Date de sortie : 06 janvier 2015

Distribution : SND

Trois ans après Django Unchained, Quentin Tarantino poursuit sa relecture d’un genre qu’il affectionne : le western, pour le faire magistralement glisser dans le registre de l’horreur. Jouissif et sans concession, Les Huit Salopards apparaît comme l’œuvre la plus personnelle de son auteur.

THE HATEFUL EIGHT

Is it black enough for you ?

Plus proche de Reservoir Dogs (par son unité de temps, de lieu et l’importance des dialogues) que de Django Unchained, ce huitième long-métrage de Quentin Tarantino, nous emmène au cœur du Wyoming enneigé, quelques années après la Guerre de Sécession. De ces paysages immaculés sublimes, baignés par une lumière spectrale se détache une diligence faisant route vers Red Rock. A son bord, John Ruth (Kurt Russell) conduisant sa prisonnière Daisy Domergue (Jennifer Jason Leigh) à la potence. Rejoint sans crier gare par le Major Marquis Warren (impeccable Samuel L. Jackson), un ancien soldat nordiste devenu chasseur de primes, puis par Chris Mannix (Walton Goggins), un renégat sudiste devenu shérif, tous trouvent refuge dans un relais isolé pour se protéger du blizzard. Quatre personnages énigmatiques (Bruce Dern, Tim Roth, Michael Madsen et Demian Bichir) occupent déjà les lieux et les accueillent pour un huis clos implacable.

Clin d’oeil à John Ford
Composé de deux parties distinctes : le voyage en diligence et la vie au sein du relais, Les Huit Salopards rappelle inévitablement la construction narrative employée par John Ford dans La chevauchée fantastique (1939). Une œuvre novatrice, dans laquelle l’acteur principal John Wayne surgit littéralement devant la diligence (parallèle avec l’entrée de Samuel L. Jackson) et où les scènes d’action se trouvent relayées hors champs. La tension (née de l’imminence d’une attaque indienne jamais montrée) croît et se ressent de plus en plus. Elle se lit sur les visages et travaille les rapports humains jusqu’à leur explosion. Quentin Tarantino reprend ce schéma, le complexifie et le radicalise. Il découpe son film en cinq chapitres, dans lesquels il éclaire ou opacifie à volonté la part d’ombre de ses personnages. Les Huit Salopards devient alors le théâtre d’un Cluedo cruel faisant monter la discorde à satiété : qui est qui ? qui veut quoi ? qui est complice de qui ? La mercerie de Minnie devient alors une véritable poudrière où la violence physique, contenue jusque-là, ne demande qu’à exploser. En un éclat de fureur nihiliste le rouge sang recouvrira murs et plafonds.

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Maîtrise du cadre
Tourné en Ultra-Panavision 70, un format large réservé aux films à grand spectacle des années 60, comme Ben-Hur (1959) de William Wyler ou Khartoum (1966) de Basil Dearden, Les Huit Salopards s’annonçait comme un western hivernal à mi-chemin entre La chevauchée des bannis (1959) d’André de Toth ou Le grand silence (1968) de Sergio Corbucci. Il n’en sera rien. Car, si Quentin Tarantino utilise le 70 mm pour capturer les grands espaces blancs en ouverture, il en tire merveilleusement parti dans une utilisation à contre emploi : le huis clos. En effet, cet objectif distord la perception des distances entre les objets ou les personnages, ce qui accroît la sensation de claustrophobie et de malaise tout en offrant un rendu des expressions de chaque visage le plus précis possible. L’inconfort occasionné par ce procédé, associé à une photo magnifique, donne à la charge de violence finale un aspect irréel qui propulse le western aux confins du cinéma horrifique.

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Un savant dosage
Depuis Django Unchained, le cinéaste a cessé de citer ses paires pour construire une histoire cohérente et tenue dans laquelle se fondent ses nombreuses références. Avec Les Huit Salopards, œuvre plus mature, il franchit un nouveau palier, que vient souligner la composition originale d’Ennio Morricone. Désormais, le tout (le film dans son ensemble) devient supérieur aux parties (séquences fortes). Totalement libéré, le cinéaste fait preuve d’une belle audace pour déconstruire le genre, quitte à délaisser la gaudriole. La place qu’il laisse aux joutes verbales, les changements de rythme qu’il impose, son ton tragi-comique, son regard sur la violence et sa direction d’acteurs, déjà à l’œuvre dans ses réalisations antérieures, prennent ici une dimension sans précédent, qui risque de laisser ses fans sur leur fin. Car, si on peut préférer les longues tirades aiguisées de la première partie ou la dérive gore de la seconde (avec ses clins d’œils à The thing ou L’exorciste II) Les Huit Salopards prend tout son sens et sa saveur dans sa durée. Il se présente comme un spectacle grandiose, d’une grande rigueur cinématographique, dans lequel les acteurs disposent de tout l’espace nécessaire pour développer leur jeu et des enjeux qui débordent du cadre westernien. En dénonçant le racisme ou l’oppression via le personnage de Samuel L. Jackson (figure iconique d’un renouveau de la Blaxploitation) sur des dialogues lourd de sens que ne renierait pas George Pelecanos, ce relais de diligence devient bien vite la chambre d’échos d’une Amérique en souffrance.

Âpre, malin, malsain et subversif, Les Huit Salopards reste assurément le plus beau cadeau de ce début d’année.

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Un commentaire Add your own

  • 1. marileesnyder16432  |  avril 8, 2016 à 1:08

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