Béatrice Cenci : Lucio Fulci (1969, Neo Publishing)

février 8, 2007 at 1:32 Laisser un commentaire

 

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Olivier Scamps, directeur de Neo Publishing, qui nous régale avec ce nouveau titre, est un inconditionnel du cinéaste italien Lucio Fulci. Une passion qui nous à valu il y a quelques mois, la ressortie dans une toute nouvelle copie, accompagnée de bonus fabuleux, de deux oeuvres majeures du cinéaste, issue de la trilogie zombiesque, à savoir Frayeurs et L’au-delà. Deux films dorénavant disponibles en version simple Dvd, donc moins onéreuse (environ 15 €) mais sans bonus, à l’instar de L’enfer des Zombies et L’éventreur de New York.

Mais aujourd’hui, je m’en vais vous parler d’un autre Lucio Fulci, loin des excès visuels, des chairs putréfiées et autres réjouissances sordides. Du Lucio Fulci élève de Visconti ou d’Antonioni.

Béatrice Cenci, qu’il réalise en 1969, est un drame historique adapté d’un fait réel, ayant eu lieu en 1599, en Italie. Il s’agit en fait d’un parricide, exécuté au coeur de l’une des plus puissantes familles romaines: Les Cenci, reconnue pour leur hostilité envres la papauté. Avec la complicité de son serviteur et amant Olimpio, Béatrice Cenci décide de se venger d’un père cruel et incestueux, libérant ainsi ses proches de son emprise tyrannique, en commanditant son assassinat. Un truand surnommé Le Catalan (personnage tout droit sorti d’un western spaghetti) se voit chargé d’accomplir l’horrible besogne. La seconde épouse de Cenci, ainsi que deux de ses fils s’engagent dans ce sombre projet. Mais, une fois la mort du patriarche révélée, une enquête est menée par les juges de l’inquisition. Une main de l’Eglise plus soucieuse alors de s’accaparer le patrimoine foncier de la famille Cenci que de rendre la justice.

 

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L’histoire de Béatrice Cenci est un fait divers historique qui inspira de nombreux réalisateurs. Une bonne dizaine de versions existent à ce jour, parmi lesquelles celle de Ricardo Freda : Le Château des amants maudits, considérée par les puriste comme supérieure à celle de Fulci, grâce notamment à son utilisation du format cinémascope. Nous attendrons une sortie Dvd, ou un simple visionnage sur VHS, pour porter ici un jugement plus personnel.

Mais bien avant le cinéma, le personnage de Béatrice Cenci à fasciné les écrivains du XIX : le poète anglais Shelley lui consacra une tragédie, Alexandre Dumas ou Stendhal dans les Chroniques Italiennes, rapportèrent sa douloureuse expérience.
Lucio Fulci lui, fut littéralement hanté par ce sujet. Tant et si bien qu’il mit dix ans à préparer ce projet. Il prit donc le temps de peaufiner son style et de réunir un budget suffisant pour mettre en image sa vision de ce drame. Il choisit alors des interprètes de talent : Tomas Milian, figure phare du polar italien, incarna le dévoué et amoureux serviteur Olimpio, Adrienne La Russa dans le rôle de Béatrice Cenci et l’acteur français George Wilson sous les traits du terrible Francesco Cenci.

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Avec ce film, Lucio Fulci aurait pu devenir l’un des grands réalisateurs italiens. Il vient de réaliser un western: Le Temps du massacre trois ans plus tôt et la même année Una sull’altra (Perversion Story), un giallo de référence. Malheureusement, nous sommes en 1969, le film attaque ouvertement l’église. Rappelez vous que Fulci est croyant. Loin de l’image d’antéchrist que certains aiment à lui coller au regard de ces films d’horreur, c’est un catholique qui doute. Il avait coutume de dire : « Je cherche Dieu. J’ai Dieu, mais j’ai aussi des doutes ». Pas étonnant donc que cette histoire de collusion entre la religion, le pouvoir et l’argent, l’ait immédiatement séduite. Mais pas étonnant non plus qu’en donnant le mauvais rôle à l’église, qui torture et pille sans vergogne, et qui plus est un noble, censé être intouchable à l’époque, il ne s’en attire les foudres. Diabolisé par l’église, dédaigné par le public, lui reprochant son élitisme, Béatrice Cenci est un cuisant échec pour le réalisateur, qui en garda une profonde rancune. Incompris des uns, boudés par les autres, l’oeuvre la plus ambitieuse du cinéaste, le projet d’une vie va se muer en une profonde blessure qui ne cicatrisa jamais. Cette oeuvre qui aurait du lui ouvrir les portes des milieux intellectuels italiens des 70’s, le cloîtra dans un style cinématographique différent dans lequel il exprima sa rage au travers d’œuvres extrêmes, outrancières, hantées par la mort et la destruction.
Béatrice Cenci, marque donc un tournant indéniable dans la filmographie de son auteur. La violence et la cruauté de certaines scènes, aussi timides soient-elles, ainsi que l’utilisation de cadrages étranges constituent les prémices d’un cinéma en gestation.

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Mais au delà de tout cela, Béatrice Cenci, est une œuvre visuellement très soignée, et intelligemment mise en scène. Ici les paysages et décors de cette Italie en pleine Renaissance resplendissent face à des personnages soumis ou mus par un instinct bestial. On est ici très proche de l’univers froid et saisissant de Stendhal : c’est un film austère, dense, aux personnages haïssables.
Cette incursion dans le cinéma d’art et essai de Lucio Fulci manque quand même de rythme. Son hésitation entre cinéma de genre et cinéma cultivé est palpable dans la frilosité de certaines scènes érotiques notamment, trop soft, au point d’en devenir mièvres donc obsolètes.
La découverte de ce pan méconnu de la filmographie de Lucio Fulci donne l’occasion de découvrir un cinéaste touche à tout subversif, sous estimé, réduit au cinéma d’horreur qui mérite largement d’être enfin réhabilité.

Un travail de mémoire rendu possible grâce au travail remarquable de Neo Publishing : transfert numérique de qualité, restauration de la copie et présence de bonus rares et géniaux.

1DVD Neo Publishing
Langues : français Dolby Digital 2.0, italien Dolby Digital 2.0
Durée : 89 minutes
Bonus :
– « La nuit américaine du Dr Lucio Fulci » (31′) par Antonietta De Lillo: un documentaire exceptionnel sur et avec Lucio Fulci: le cinéaste revient sur l’ensemble de sa carrière, il parle de son rapport aux critiques …
– Supplément inédit rare: une interview audio exclusive de Lucio Fulci avec Gaetano Mistressa, réalisé en 1988 (36′)
– Fiche technique, bio et filmographies
Prix : 24,99€

(Interdit aux moins de 16 ans)

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